Estimation de la retraite en France : trimestres, points et age de départ
La retraite est un sujet central pour chaque actif français. Comprendre le système de retraite, anticiper le montant de sa pension et déterminer son age de départ optimal sont des étapes indispensables pour préparer sereinement cette transition. Le système français repose sur deux piliers obligatoires : la retraite de base de la Sécurité sociale, calculée en trimestres, et la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, calculée en points. Notre simulateur vous permet d'estimer le montant global de votre future pension en fonction de votre carrière, de vos revenus et de votre age de départ envisage. Cette page relève de la rubrique simulateurs et a été vérifiée le 2 octobre 2026 sur les barèmes publiés par l'URSSAF, la Sécurité sociale et la direction générale des Finances publiques. Le calcul peut être refait sur le simulateur de la page, Simulateur Retraite, avec vos propres montants. Le calcul porte sur les cotisations obligatoires et le prélèvement à la source ; il ne tient compte ni des primes exceptionnelles, ni des avantages en nature, ni d'une mutuelle d'entreprise, qui se lisent ligne à ligne sur le bulletin. Les montants restent indicatifs : un bulletin de paie dépend de la convention collective, du statut cadre ou non-cadre, du taux de prélèvement à la source transmis par l'administration et de la situation de chacun, et seul le bulletin remis par l'employeur fait foi.
Le système de retraite français : les deux piliers
Le système de retraite obligatoire des salariés du secteur prive repose sur deux régimes distincts mais complémentaires. Le premier pilier est la retraite de base, gérée par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) pour le régime général. Elle fonctionne selon un mécanisme de trimestres : chaque année, le salarié peut valider jusqu'à 4 trimestres en fonction de ses revenus. Le nombre total de trimestres valides determine à la fois l'age de départ possible et le taux de liquidation de la pension. Le deuxième pilier est la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, obligatoire pour tous les salariés du prive. Elle fonctionne selon un système de points : chaque année, les cotisations versées sont converties en points de retraite, et au moment du départ, le nombre total de points est multiplie par la valeur de service du point pour obtenir le montant de la pension complémentaire.
L'age légal de départ à la retraite
Depuis la reforme des retraites de 2023, l'age légal de départ à la retraite est progressivement releve de 62 a 64 ans. Ce relèvement s'applique a raison de 3 mois supplémentaires par génération, à compter des assures nés à partir du 1er septembre 1961. Les personnes nées à partir de 1968 devront attendre 64 ans pour partir à la retraite. Cet age légal ne garantit cependant pas une pension a taux plein : il faut également avoir cotise un nombre suffisant de trimestres. Si le nombre de trimestres requis n'est pas atteint a l'age légal, le salarié peut choisir de partir avec une decote ou de continuer à travailler jusqu'à obtenir le taux plein.
- Nés en 1961 (2e semestre) : 62 ans et 3 mois - 169 trimestres
- Nés en 1962 : 62 ans et 6 mois - 169 trimestres
- Nés en 1963 : 62 ans et 9 mois - 170 trimestres
- Nés en 1964 : 63 ans - 171 trimestres
- Nés en 1965 : 63 ans et 3 mois - 172 trimestres
- Nés en 1966 : 63 ans et 6 mois - 172 trimestres
- Nés en 1967 : 63 ans et 9 mois - 172 trimestres
- Nés à partir de 1968 : 64 ans - 172 trimestres
La validation des trimestres
Pour valider un trimestre de retraite, il n'est pas nécessaire d'avoir travaille trois mois complets. La validation repose sur le montant des revenus soumis a cotisation. En 2026, il faut percevoir un revenu soumis a cotisations équivalent a 150 fois le SMIC horaire brut pour valider un trimestre, soit environ 1 747 euros. Pour valider 4 trimestres dans l'année, le revenu annuel doit atteindre 4 fois ce montant, soit environ 6 990 euros brut. Les périodes de chômage indemnisé, de maladie, de maternité et de service militaire permettent également de valider des trimestres dits « assimiles », sans contrepartie de cotisations. Les trimestres valides sont reportes sur le releve de carrière accessible via le site info-retraite.fr.
Le calcul de la retraite de base
La pension de retraite de base du régime général est calculée selon la formule suivante : Pension annuelle = Salaire annuel moyen x Taux de liquidation x (Durée d'assurance / Durée de référence). Le salaire annuel moyen (SAM) correspond à la moyenne des 25 meilleures années de salaire, revalorisées en fonction de l'inflation. Le taux de liquidation est au maximum de 50 % si le nombre de trimestres requis est atteint (taux plein). La durée d'assurance est le nombre de trimestres valides au régime général, et la durée de référence est le nombre de trimestres requis pour obtenir le taux plein selon l'année de naissance.
- Salaire annuel moyen (25 meilleures années) : 35 000 euros
- Nombre de trimestres valides : 172 (taux plein atteint)
- Durée de référence : 172 trimestres
- Taux de liquidation : 50 %
- Pension annuelle de base : 35 000 x 50 % x (172/172) = 17 500 euros/an
- Soit environ 1 458 euros brut par mois
La decote et la surcote
Si le salarié part à la retraite avant d'avoir atteint le nombre de trimestres requis, une decote est appliquée. Le coefficient de minoration est de 1,25 % par trimestre manquant (soit 0,625 point de taux en moins par trimestre). La decote est calculée sur le nombre de trimestres manquants, dans la limite de 20 trimestres. Par exemple, un salarié qui part avec 8 trimestres manquants subira une decote de 10 % sur le taux de liquidation, qui passera de 50 % a 45 %. Inversement, le salarié qui continue à travailler au-delà de l'age légal et du nombre de trimestres requis beneficie d'une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire cotise. La surcote n'est pas plafonnée et s'applique directement au montant de la pension.
La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO est calculée en points. Chaque année, les cotisations versées sont converties en points selon la formule : Nombre de points = Cotisations / Prix d'achat du point. En 2026, le prix d'achat d'un point AGIRC-ARRCO est de 20,1877 euros. Au moment du départ en retraite, le nombre total de points accumules est multiplie par la valeur de service du point, fixée a 1,4386 euro en 2026. Les cotisations sont prélevées sur deux tranches : la tranche 1 (jusqu'au plafond de la Sécurité sociale, soit 4 005 euros mensuels en 2026) au taux de 6,20 % et la tranche 2 (entre 1 et 8 plafonds) au taux de 17,00 %. Seule la part salariale et patronale contributive (60 % du taux appelé) genere des points.
- Total de points AGIRC-ARRCO cumules sur la carrière : 8 500 points
- Valeur de service du point (2026) : 1,4386 euro
- Pension complémentaire annuelle : 8 500 x 1,4386 = 12 228 euros
- Soit environ 1 003 euros brut par mois
- Pension totale (base + complémentaire) : environ 2 461 euros brut/mois
Le coefficient de solidarité AGIRC-ARRCO
Depuis le 1er janvier 2019, un coefficient temporaire de solidarité (aussi appelé « malus ») peut s'appliquer à la pension complémentaire pendant 3 ans. Si le salarié part à la retraite des qu'il remplit les conditions du taux plein, un abattement de 10 % est applique sur la pension complémentaire pendant 3 ans (dans la limite de 67 ans). Pour éviter ce malus, il faut décaler son départ d'un an après la date a laquelle le taux plein est atteint. Un bonus de 10 %, 20 % ou 30 % est accorde si le départ est decale de 2, 3 ou 4 ans. Les personnes exonérées de CSG ou soumises au taux réduit ne sont pas concernées par ce coefficient.
Le minimum contributif
Les salariés ayant cotise au taux plein mais avec de faibles revenus bénéficient du minimum contributif. Ce mécanisme garantit un montant plancher de pension de base, fixe a 733,03 euros par mois en 2026 pour une carrière complete. Si le salarié a cotise sur la base d'un revenu au moins égal au SMIC pendant toute sa carrière, le minimum contributif majore s'eleve a 876,13 euros par mois. Le total des pensions (base + complémentaires) ne doit cependant pas dépasser 1 352,23 euros par mois pour bénéficier du minimum contributif.
Le rachat de trimestres
Il est possible de racheter des trimestres pour compléter sa durée d'assurance, dans la limite de 12 trimestres. Ce rachat concerne principalement les années d'études supérieures et les années incomplètes (ou moins de 4 trimestres ont ete valides). Le coût d'un trimestre rachete varie selon l'age du demandeur, le niveau de revenu et l'option choisie (rachat portant uniquement sur le taux ou sur le taux et la durée d'assurance). En 2026, le coût d'un trimestre rachete varie d'environ 1 000 euros a plus de 6 000 euros. Le rachat est fiscalement déductible du revenu imposable, ce qui réduit son coût réel pour les contribuables fortement imposes.
La retraite progressive
La retraite progressive permet de percevoir une fraction de sa pension de retraite tout en continuant à travailler a temps partiel. Ce dispositif est accessible à partir de 60 ans (avant l'age légal) sous condition d'avoir cotise au moins 150 trimestres. Le montant de la fraction de pension versée dépend de la quotité de temps de travail : un salarié travaillant a 60 % percevra 40 % de sa pension. Ce dispositif permet une transition en douceur vers la retraite tout en continuant a acquérir des droits supplémentaires. La pension définitive est recalculee au moment du départ définitif, en intégrant les droits acquis pendant la période de retraite progressive.
Le cumul emploi-retraite
Depuis la reforme de 2023, le cumul emploi-retraite intégral permet désormais d'acquérir de nouveaux droits à la retraite. Le retraite peut reprendre une activité salariée et ses nouvelles cotisations generent des droits supplémentaires, liquides sous forme d'une seconde pension lors de la cessation définitive d'activité. Le cumul integre est accessible aux retraites ayant liquide leur retraite a taux plein. Le cumul partiel (plafonne) s'applique aux retraites n'ayant pas atteint le taux plein : les revenus d'activité cumules avec la pension ne doivent pas dépasser le dernier salaire perçu ou 1,6 SMIC.
Les prélèvements sociaux sur les pensions
Les pensions de retraite sont soumises a des prélèvements sociaux dont le taux dépend du revenu fiscal de référence du retraite. La CSG s'applique a quatre taux possibles : 0 % (exonération), 3,80 % (taux réduit), 6,60 % (taux médian) ou 8,30 % (taux normal). La CRDS est prélevée au taux de 0,50 % et la contribution de solidarité pour l'autonomie (CASA) au taux de 0,30 %. Au total, les prélèvements peuvent atteindre 9,10 % de la pension brute. La pension nette est également soumise au prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu.
Préparer sa retraite : les outils disponibles
Plusieurs outils permettent de suivre et d'anticiper sa retraite. Le releve individuel de situation (RIS) recapitule les droits acquis auprès de tous les régimes. Il est envoyé automatiquement a 35, 40, 45 et 50 ans, et consultable a tout moment sur info-retraite.fr. L'estimation indicative globale (EIG) fournit une estimation du montant de la pension a différents ages de départ. Elle est envoyée a 55 et 60 ans. L'entretien information retraite (EIR) est un rendez-vous gratuit avec un conseiller pour faire le point sur ses droits et optimiser sa stratégie de départ. Notre simulateur en ligne vous permet d'obtenir une estimation rapide en renseignant quelques paramètres clés de votre carrière.
L'épargne retraite supplémentaire
Au-delà des régimes obligatoires, l'épargne retraite individuelle constitue un complément précieux. Le Plan d'épargne retraite (PER), cree par la loi PACTE de 2019, regroupe les anciens dispositifs (PERP, Madelin, PERCO, article 83) dans un cadre unique. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels (plafond de 35 194 euros en 2026). Le PER offre une grande souplesse à la sortie : capital, rente viagère ou un mix des deux. Les sommes sont bloquées jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipe (achat de la résidence principale, accidents de la vie). L'épargne salariale (intéressement, participation) peut également être versée sur un PER d'entreprise collectif.
Les régimes spéciaux et les particularités sectorielles
Au-delà du régime général, plusieurs régimes spéciaux de retraite existent pour certaines catégories de travailleurs. Les fonctionnaires relèvent du Service des retraites de l'État (SRE) pour la fonction publique d'État ou de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) pour la fonction publique territoriale et hospitalière. Leur pension est calculée sur les 6 derniers mois de traitement indiciaire (hors primes), avec un taux de liquidation maximal de 75 %. Les professions libérales cotisent à la CNAVPL et a des caisses complémentaires spécifiques a chaque profession (CARMF pour les médecins, CIPAV pour les architectes et consultants). Les travailleurs indépendants (artisans, commerçants) relèvent désormais du régime général depuis l'intégration du RSI en 2020, mais conservent des règles de calcul qui leur sont propres pour les droits acquis avant 2020.
La retraite anticipée pour carrière longue
Les salariés ayant commence à travailler jeunes peuvent bénéficier d'un départ anticipe avant l'age légal. Depuis la reforme de 2023, les conditions sont les suivantes : pour un départ a 58 ans, il faut avoir commence à travailler avant 16 ans et justifier de la durée d'assurance requise plus un an ; pour un départ a 60 ans, il faut avoir commence avant 18 ans ; pour un départ a 62 ans, il faut avoir commence avant 20 ans ; pour un départ a 63 ans, il faut avoir commence avant 21 ans. La durée d'assurance exigée est la durée de référence majorée de 4 trimestres dans certains cas. Les trimestres retenus pour le critère de début d'activité doivent être des trimestres cotises (et non assimiles), ce qui exclut les périodes de chômage ou de maladie. Ce dispositif reste l'un des plus utilises, représentant environ 20 % des départs en retraite chaque année.