Prendre sa retraite à l'étranger est un choix de vie adopté par environ 1,4 million de retraités français. Les motivations sont variées : coût de la vie plus bas, climat plus clément, rapprochement familial ou simplement envie de changement. Mais ce choix a des conséquences importantes en matière fiscale, sociale et administrative. Le traitement de votre pension, votre couverture santé et vos obligations déclaratives dépendent étroitement du pays choisi et des conventions internationales en vigueur. Voici un guide complet pour préparer sereinement votre retraite à l'étranger.
Le versement de la pension à l'étranger
Bonne nouvelle : votre pension de retraite française (base et complémentaire) continue d'être versée où que vous résidiez dans le monde. Le versement peut être effectué :
- Sur un compte bancaire français : vous conservez votre compte en France et utilisez votre carte bancaire ou effectuez des virements vers un compte local. Attention aux frais de change et de retrait.
- Sur un compte bancaire étranger : la CNAV et l'AGIRC-ARRCO peuvent effectuer des virements internationaux (zone SEPA ou hors SEPA). Des frais bancaires peuvent s'appliquer, notamment hors zone euro.
Chaque année, vous devez fournir un certificat de vie (certificat d'existence) à votre caisse de retraite. Ce document, visé par l'autorité locale compétente (consulat, mairie, notaire selon le pays), atteste que vous êtes toujours en vie. Sans ce certificat, le versement de votre pension est suspendu.
La fiscalité de votre pension à l'étranger
La question fiscale est la plus complexe. Le principe est le suivant : votre pension est imposable dans votre pays de résidence fiscale, sauf disposition contraire d'une convention fiscale bilatérale entre la France et ce pays.
Les conventions fiscales bilatérales
La France a signé des conventions fiscales avec plus de 120 pays. Ces conventions répartissent le droit d'imposition entre les deux pays pour éviter la double imposition. Pour les pensions de retraite privées (régime général, AGIRC-ARRCO), la plupart des conventions prévoient que la pension est imposable uniquement dans le pays de résidence. Cela signifie que si vous résidez au Portugal, votre pension française est imposable au Portugal et non en France.
Il existe des exceptions importantes :
- Pensions publiques (fonctionnaires) : elles restent généralement imposables en France, même si vous résidez à l'étranger. C'est la règle de la « source » pour les pensions versées par l'État.
- Certaines conventions prévoient l'imposition à la source : dans de rares cas (convention avec le Royaume-Uni par exemple), la pension peut être imposable dans le pays qui la verse (la France).
La retenue à la source en France
Si vous êtes non-résident fiscal français, vos pensions de retraite de source française sont en principe soumises à une retenue à la source spécifique appliquée par les caisses de retraite. Les taux applicables en 2025 sont :
| Tranche de pension annuelle | Taux de retenue à la source |
|---|---|
| Jusqu'à 15 988 EUR | 0 % |
| De 15 988 à 46 440 EUR | 12 % |
| Au-delà de 46 440 EUR | 20 % |
Toutefois, si une convention fiscale attribue le droit d'imposition au pays de résidence, vous pouvez demander une exonération de la retenue à la source française en fournissant un formulaire d'attestation de résidence fiscale visé par l'administration fiscale de votre pays de résidence. Le taux effectif peut alors être de 0 % en France.
CSG, CRDS et prélèvements sociaux
C'est un avantage significatif de la retraite à l'étranger : les retraités résidant hors de France sont en principe exonérés de CSG et de CRDS sur leur pension. Ils sont en revanche soumis à une cotisation d'assurance maladie de 3,20 % (anciennement prélevée au titre de la couverture maladie des expatriés).
Le détail par situation :
| Situation | CSG | CRDS | Cotisation maladie |
|---|---|---|---|
| Résident en France | 8,30 % (taux normal) | 0,50 % | 0 % |
| Résident dans l'UE/EEE/Suisse | 0 % | 0 % | 3,20 % |
| Résident hors UE (avec convention) | 0 % | 0 % | 3,20 % |
| Résident hors UE (sans convention) | 0 % | 0 % | 3,20 % |
L'économie est significative : un retraité percevant 2 000 EUR brut/mois de pension économise environ 176 EUR/mois en CSG/CRDS/Casa (9,1 %) mais paie 64 EUR de cotisation maladie (3,2 %). Gain net : environ 112 EUR/mois de prélèvements sociaux en moins.
La couverture santé à l'étranger
La couverture maladie du retraité expatrié dépend du pays de résidence :
Dans l'UE/EEE/Suisse
Grâce aux règlements européens de coordination de sécurité sociale, vous bénéficiez de la prise en charge de vos soins de santé dans votre pays de résidence, aux conditions du système local. La CPAM vous délivre le formulaire S1 (inscription au régime de santé du pays de résidence en tant qu'ayant droit de la France). Vous êtes inscrit au système de santé local et la France rembourse les frais au pays de résidence.
Hors UE avec convention de sécurité sociale
Certains pays ont des conventions bilatérales de sécurité sociale avec la France (Maroc, Tunisie, Algérie, Canada, États-Unis, etc.). Ces conventions prévoient généralement une couverture maladie pour les retraités, mais les conditions varient selon les conventions. Renseignez-vous auprès du CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale).
Hors UE sans convention
Si vous résidez dans un pays sans convention (Thaïlande, Bali, Maurice, etc.), vous n'avez aucune couverture maladie française à l'étranger. Vous devez souscrire une assurance santé privée internationale ou adhérer à la CFE (Caisse des Français de l'Étranger), l'assurance volontaire qui vous permet de conserver une couverture similaire à la Sécurité sociale française. Le coût de la CFE varie selon l'âge et le niveau de couverture (entre 200 et 600 EUR/mois).
Les pays fiscalement avantageux pour les retraités
Certains pays offrent des régimes fiscaux très favorables aux retraités étrangers :
| Pays | Régime fiscal applicable | Avantages | Points d'attention |
|---|---|---|---|
| Portugal | Statut de Résident Non Habituel (RNH) supprimé en 2024 pour les nouveaux entrants. Imposition au barème local. | Coût de la vie modéré, climat agréable, communauté française importante | Fin du RNH, immobilier en hausse dans les grandes villes |
| Maroc | Réduction de 80 % sur l'IR pour les pensions de source étrangère transférées au Maroc | Proximité géographique, coût de la vie très bas, langue française | Système de santé variable, couverture via CFE recommandée |
| Tunisie | Exonération de 80 % sur les revenus de source étrangère | Coût de la vie très bas, proximité, francophonie | Contexte politique à surveiller |
| Thaïlande | Les pensions non transférées en Thaïlande ne sont pas imposées. Visa retraite spécifique. | Coût de la vie bas, climat tropical | Pas de convention de sécurité sociale, assurance santé privée obligatoire |
| Grèce | Flat tax de 7 % pendant 15 ans pour les retraités étrangers transférant leur résidence fiscale | Climat méditerranéen, couverture santé UE | Conditions d'éligibilité strictes |
| Italie | Flat tax de 7 % pendant 10 ans pour les retraités s'installant dans le sud de l'Italie (communes de moins de 20 000 habitants) | Proximité, culture, couverture santé UE | Restrictions géographiques |
Les démarches auprès de la CPAM et des caisses de retraite
- Avant le départ : informez votre CPAM de votre départ à l'étranger. Si vous partez dans l'UE, demandez le formulaire S1. Si vous partez hors UE, renseignez-vous sur les conventions bilatérales et sur la CFE.
- Informez vos caisses de retraite : CNAV/CARSAT et AGIRC-ARRCO. Communiquez votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires (si vous souhaitez être payé sur un compte étranger).
- Certificat de vie annuel : organisez-vous pour envoyer chaque année le certificat de vie visé par l'autorité locale. Un retard dans l'envoi peut entraîner la suspension de votre pension.
- Déclaration fiscale : même en quittant la France, vous devez effectuer une déclaration de revenus française l'année de votre départ (revenus perçus avant le départ). Les années suivantes, votre obligation déclarative dépend de votre situation (revenus de source française restant imposables en France).
- Consulat de France : inscrivez-vous au registre des Français établis hors de France auprès du consulat de votre pays de résidence.
Le retour en France
Si vous décidez de revenir en France après une période à l'étranger, votre couverture maladie est rétablie immédiatement (vous pouvez vous réinscrire à la CPAM dès votre retour). Votre pension continue d'être versée sans interruption. En revanche, vous redevenez résident fiscal français et êtes à nouveau soumis à l'impôt sur le revenu français et aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Casa) à compter de votre retour.
Les erreurs à éviter
- Ne pas vérifier la convention fiscale : chaque convention a ses particularités. L'imposition peut varier selon le type de pension (privée vs publique).
- Oublier le certificat de vie : la suspension de la pension est automatique en cas de non-envoi.
- Sous-estimer le coût de la santé : dans les pays sans convention, une hospitalisation peut coûter des dizaines de milliers d'euros.
- Négliger la résidence fiscale : si vous conservez des attaches fortes en France (résidence principale, famille, patrimoine), l'administration fiscale française peut considérer que vous restez résident fiscal français, même si vous vivez à l'étranger.
- Ne pas anticiper la succession : les règles de succession varient selon les pays. La loi applicable au patrimoine situé à l'étranger peut être différente de la loi française.
Préparer sa retraite à l'étranger : le calendrier
Une installation réussie à l'étranger se prépare idéalement 12 à 18 mois à l'avance. Voici le calendrier recommandé :
- 18 mois avant : choisissez votre pays de destination. Visitez-le plusieurs fois, à différentes saisons. Renseignez-vous sur le coût de la vie, le système de santé, la sécurité, la communauté française locale, les conditions de visa ou permis de séjour.
- 12 mois avant : étudiez la convention fiscale avec le pays choisi. Consultez un avocat fiscaliste spécialisé en droit international. Évaluez l'impact fiscal global (impôt sur le revenu, fiscalité du patrimoine, succession).
- 6 mois avant : informez vos caisses de retraite (CNAV, AGIRC-ARRCO) de votre projet. Demandez le formulaire S1 si vous partez dans l'UE. Souscrivez à la CFE ou à une assurance santé internationale si nécessaire. Ouvrez un compte bancaire dans le pays de destination si possible.
- 3 mois avant : prévenez votre centre des impôts de votre changement de résidence fiscale. Réglez les questions patrimoniales en France (gestion locative, procurations bancaires). Inscrivez-vous au registre des Français établis hors de France auprès du consulat.
- Au moment du départ : emportez tous les documents nécessaires (relevés de pension, attestation de résidence fiscale, formulaire S1, contrat d'assurance santé). Assurez-vous d'avoir organisé l'envoi annuel du certificat de vie.
Éviter la double imposition en pratique
La double imposition survient lorsque deux pays taxent le même revenu. Pour l'éviter, la procédure est la suivante :
- Obtenez une attestation de résidence fiscale auprès de l'administration fiscale de votre nouveau pays de résidence. Ce document prouve que vous êtes imposable dans ce pays.
- Transmettez cette attestation à vos caisses de retraite françaises (CNAV, AGIRC-ARRCO) pour obtenir l'exonération de la retenue à la source française sur vos pensions.
- Déclarez vos pensions dans votre pays de résidence conformément aux obligations déclaratives locales.
- Conservez les justificatifs : en cas de contrôle de l'administration fiscale française, vous devrez pouvoir prouver que vous avez effectivement transféré votre résidence fiscale et que vos pensions sont imposées dans l'autre pays.
Attention au cas des pensions de la fonction publique : elles restent imposables en France dans la plupart des conventions fiscales. Si vous percevez à la fois une pension du régime général (imposable à l'étranger) et une pension de fonctionnaire (imposable en France), vous aurez des obligations déclaratives dans les deux pays.
Avant de concrétiser votre projet de retraite à l'étranger, il est vivement recommandé de consulter un conseiller fiscal spécialisé en mobilité internationale, qui pourra analyser votre situation personnelle et identifier les optimisations possibles en fonction du pays de destination choisi et de la composition de vos revenus de retraite.
À retenir : Votre pension française est versée dans le monde entier sous réserve d'un certificat de vie annuel. La fiscalité dépend de la convention bilatérale : la plupart prévoient l'imposition dans le pays de résidence (pas de double imposition). Les retraités non-résidents sont exonérés de CSG/CRDS mais paient 3,2 % de cotisation maladie. La couverture santé UE est assurée via le formulaire S1. Hors UE, souscrivez à la CFE ou à une assurance privée. Certains pays offrent des régimes fiscaux attractifs (Maroc −80 %, Grèce 7 %, Italie 7 %). Informez CPAM, caisses de retraite et administration fiscale avant votre départ.