Créer ou reprendre une entreprise tout en étant au chômage est un choix stratégique que font chaque année des dizaines de milliers de demandeurs d'emploi. France Travail propose deux dispositifs complémentaires mais exclusifs : le maintien de l'ARE pendant l'activité, ou le versement en capital de l'ARCE. Le choix entre ces deux options dépend de votre situation financière, de votre projet et de votre tolérance au risque.
Option 1 : Le maintien de l'ARE
Le maintien de l'ARE consiste à continuer de percevoir ses allocations chômage tout en développant son activité. L'ARE est versée intégralement tant que l'activité ne génère pas de revenus, puis partiellement lorsque des revenus apparaissent (même principe que le cumul emploi-chômage).
Avantages :
- Filet de sécurité total pendant le lancement : vous conservez l'intégralité de vos droits si l'activité ne décolle pas
- Versement mensuel régulier qui sécurise la trésorerie personnelle
- Couverture sociale maintenue (maladie, retraite)
- Possibilité de revenir au chômage « classique » si l'entreprise échoue (sous réserve de droits restants)
Inconvénients :
- Pas de capital disponible immédiatement pour investir dans l'entreprise
- Obligation de rester inscrit à France Travail et d'actualiser mensuellement
- L'ARE est réduite dès que l'activité génère des revenus
Option 2 : L'ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise)
L'ARCE permet de recevoir 60 % du reliquat de vos droits ARE sous forme de capital, versé en deux fois :
- Premier versement de 30 % à la date de création de l'entreprise (ou de la demande si l'entreprise existe déjà)
- Second versement de 30 % six mois plus tard, sous réserve que l'activité soit toujours en cours
Exemple : Reliquat de droits ARE : 20 000 EUR brut.
ARCE totale : 20 000 × 60 % = 12 000 EUR
1er versement (à la création) : 6 000 EUR
2ème versement (6 mois après) : 6 000 EUR
Les 40 % restants (8 000 EUR) sont définitivement perdus.
Avantages :
- Capital immédiatement disponible pour financer le lancement (matériel, stock, local, trésorerie)
- Liberté totale : pas d'obligation d'actualisation mensuelle
- Effet de levier pour obtenir des financements complémentaires (prêt d'honneur, prêt bancaire)
Inconvénients :
- 40 % des droits sont perdus définitivement
- Pas de filet de sécurité mensuel en cas d'échec
- L'ARCE est soumise à la CSG/CRDS (9,7 %) et à l'impôt sur le revenu
Condition préalable : l'ACRE
Pour bénéficier de l'ARCE, vous devez avoir obtenu l'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise), qui consiste en une exonération partielle de cotisations sociales pendant la première année d'activité. L'ACRE est accordée automatiquement aux créateurs d'entreprise sous certaines conditions (inscription à France Travail, bénéficiaire de l'ARE, etc.).
Comparaison chiffrée des deux options
Profil : 18 mois de droits ARE, allocation journalière de 50 EUR, soit un reliquat total de 27 000 EUR.
Option maintien ARE :
— Si l'activité ne génère aucun revenu pendant 18 mois : 27 000 EUR perçus en totalité
— Si l'activité génère 1 000 EUR/mois dès le 7ème mois : ARE réduite, total perçu environ 22 000 EUR + 12 000 EUR de revenus d'activité = 34 000 EUR
Option ARCE :
— Capital perçu : 27 000 × 60 % = 16 200 EUR brut (environ 14 700 EUR net après CSG/CRDS)
— Droits perdus : 10 800 EUR
— Pas de revenus complémentaires de France Travail ensuite
Si l'entreprise échoue après 6 mois :
— Maintien ARE : il reste 12 mois de droits
— ARCE : les droits restants (40 %) sont perdus. Possibilité de se réinscrire si le reliquat de droits (hors ARCE versée) est encore disponible, mais uniquement pour les 40 % non versés.
Guide de décision
| Critère | Privilégiez le maintien ARE | Privilégiez l'ARCE |
|---|---|---|
| Besoin de trésorerie initiale | Faible (activité de service, peu de frais de lancement) | Élevé (stock, local, matériel) |
| Risque du projet | Incertain, besoin d'un filet de sécurité | Confiant dans la viabilité |
| Revenus attendus rapidement | Non, montée en charge lente | Oui, CA attendu rapidement |
| Durée restante des droits | Longue (12-27 mois) | Courte (6-12 mois) |
L'ACRE en détail : exonérations et conditions
L'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise) est une exonération partielle de cotisations sociales pendant les 12 premiers mois d'activité. Elle s'applique automatiquement aux créateurs d'entreprise qui remplissent les conditions (demandeurs d'emploi indemnisés, bénéficiaires de l'ASS, du RSA, etc.).
Les cotisations exonérées concernent :
- L'assurance maladie-maternité
- Les allocations familiales
- L'assurance vieillesse de base
- L'invalidité-décès
L'exonération s'applique sur les revenus inférieurs à 75 % du PASS (soit environ 34 776 EUR en 2025). Au-delà, les cotisations sont dues normalement. Pour un auto-entrepreneur, l'ACRE réduit le taux de cotisations de moitié pendant les 12 premiers mois :
Exemple auto-entrepreneur en prestation de services (BIC) :
Taux normal de cotisations : 21,2 % du CA
Taux avec ACRE : 10,6 % du CA pendant 12 mois
Pour un CA de 50 000 EUR la première année :
Cotisations sans ACRE : 50 000 × 21,2 % = 10 600 EUR
Cotisations avec ACRE : 50 000 × 10,6 % = 5 300 EUR
Économie : 5 300 EUR
Choix de la forme juridique et impact sur l'ARE
La forme juridique de votre entreprise a un impact direct sur la manière dont l'ARE est calculée en mode maintien :
| Forme juridique | Statut du dirigeant | Revenus déclarés pour le cumul ARE |
|---|---|---|
| Auto-entrepreneur (micro-entreprise) | Travailleur indépendant | CA après abattement forfaitaire (50 % BIC services, 34 % BNC, 71 % vente) |
| EURL (gérant associé unique) | Travailleur indépendant | Rémunération nette versée |
| SASU | Assimilé salarié (président) | Salaire brut versé (fiche de paie) |
| SARL (gérant minoritaire ou égalitaire) | Assimilé salarié | Salaire brut versé |
| SARL (gérant majoritaire) | Travailleur indépendant (TNS) | Rémunération nette versée |
| SAS | Assimilé salarié (président) | Salaire brut versé |
Un point stratégique crucial : en SASU ou SAS, le dirigeant peut choisir de ne se verser aucune rémunération pendant la phase de lancement. Dans ce cas, l'ARE est maintenue intégralement car les revenus d'activité déclarés sont de 0 EUR. Les bénéfices restent dans l'entreprise et peuvent être distribués ultérieurement sous forme de dividendes (qui n'impactent pas l'ARE car ils ne sont pas des revenus d'activité).
Stratégie SASU — maintien ARE intégral :
Pierre crée une SASU. ARE journalière : 65 EUR (1 950 EUR/mois). Droits restants : 18 mois.
Mois 1 à 12 : pas de rémunération en tant que président → ARE intégrale de 1 950 EUR/mois
L'entreprise génère un bénéfice de 30 000 EUR sur la première année, conservé en trésorerie.
Mois 13 : fin des droits ARE → Pierre commence à se verser un salaire de 2 500 EUR/mois depuis la trésorerie de la SASU.
Total perçu sur 18 mois : 23 400 EUR d'ARE + 30 000 EUR en trésorerie d'entreprise = 53 400 EUR
Avec l'ARCE, il aurait perçu : 18 × 65 × 30 × 60 % = 21 060 EUR de capital + 30 000 EUR en trésorerie = 51 060 EUR
Le maintien ARE est plus avantageux de 2 340 EUR dans ce scénario.
Le cumul ARE et auto-entreprise en pratique
Le cumul ARE et auto-entrepreneuriat est le cas le plus fréquent de création d'entreprise au chômage. La déclaration mensuelle est simplifiée : vous déclarez votre chiffre d'affaires du mois (ou du trimestre, selon votre option), et France Travail calcule vos revenus estimés après abattement. Les particularités à connaître :
- Déclaration trimestrielle : si vous avez opté pour la déclaration trimestrielle de CA auprès de l'URSSAF, France Travail lisse le revenu sur les 3 mois. Cela peut créer des décalages temporaires avec l'actualisation mensuelle.
- Mois sans CA : si vous ne réalisez aucun chiffre d'affaires un mois donné, l'ARE est versée intégralement (0 revenu = 0 jour non indemnisé).
- Plafonds de CA de la micro-entreprise : 188 700 EUR pour la vente de marchandises, 77 700 EUR pour les services (en 2025). Le dépassement de ces seuils entraîne la sortie du régime micro et des complications pour le cumul.
Que se passe-t-il si l'entreprise échoue ?
La question de l'échec est cruciale dans le choix entre maintien ARE et ARCE :
- Avec le maintien ARE : si l'entreprise échoue et que vous cessez votre activité, vous pouvez reprendre le versement de votre ARE pour le reliquat de vos droits. Il suffit de mettre fin à l'activité (radiation de l'auto-entreprise, dissolution de la société) et de se réinscrire comme demandeur d'emploi « classique » en catégorie A. Les droits non consommés sont conservés.
- Avec l'ARCE : si l'entreprise échoue avant l'expiration de vos droits, vous pouvez demander la reprise du versement de l'ARE. Toutefois, seuls les 40 % non versés en capital sont disponibles, et le montant journalier reste inchangé. La durée résiduelle est recalculée en conséquence.
Exemple d'échec avec ARCE :
Droits initiaux : 18 mois d'ARE à 50 EUR/jour, soit 27 000 EUR.
ARCE versée : 16 200 EUR (60 %)
Reliquat disponible : 10 800 EUR (40 %)
L'entreprise ferme après 10 mois. Le créateur se réinscrit à France Travail.
Durée résiduelle : 10 800 / 50 = 216 jours (soit environ 7 mois)
Il lui reste 7 mois d'ARE à 50 EUR/jour.
Les aides complémentaires à la création
Au-delà de l'ARE/ARCE, plusieurs aides sont disponibles pour les créateurs d'entreprise demandeurs d'emploi :
- NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création ou la Reprise d'Entreprise) : accompagnement et prêt à taux zéro de 1 000 à 10 000 EUR sur 5 ans maximum
- Prêt d'honneur : prêt personnel sans garantie ni intérêt (Initiative France, Réseau Entreprendre), de 2 000 à 50 000 EUR selon les réseaux
- Microcrédit professionnel : prêt de l'ADIE (Association pour le Droit à l'Initiative Économique) jusqu'à 12 000 EUR pour les créateurs exclus du crédit bancaire classique
- Garantie France Active : garantie bancaire facilitant l'obtention d'un prêt pour les créateurs demandeurs d'emploi
- Cape (Contrat d'Appui au Projet d'Entreprise) : contrat avec une structure d'accompagnement (couveuse, coopérative d'activité) qui permet de tester l'activité tout en conservant le statut de demandeur d'emploi
Traitement fiscal et social de l'ARCE
L'ARCE est soumise à un traitement fiscal et social spécifique qu'il est important de comprendre pour anticiper son impact réel :
- CSG/CRDS : l'ARCE est soumise à la CSG (6,2 %) et à la CRDS (0,5 %), prélevées avant versement. Sur un capital brut de 16 200 EUR, la CSG/CRDS représente environ 1 085 EUR, soit un net de ~15 115 EUR.
- Impôt sur le revenu : l'ARCE est imposable au barème progressif de l'IR. Elle est déclarée en case 1AP (traitements et salaires). Si le versement est étalé sur 2 années civiles (premier versement en décembre, second en juin), l'impact fiscal est lissé sur 2 exercices.
- Prélèvement à la source : France Travail applique le PAS sur l'ARCE au taux personnalisé ou au taux neutre. Un versement important peut entraîner un prélèvement à la source significatif le mois du versement.
Impact fiscal de l'ARCE :
ARCE brute : 16 200 EUR versée en 2 fois (8 100 EUR + 8 100 EUR)
CSG/CRDS (6,7 %) : −1 085 EUR → ARCE nette avant IR : 15 115 EUR
Si TMI 30 % (célibataire, seul revenu de l'année) : IR supplémentaire ≈ 2 500 EUR
ARCE nette réelle : ~12 615 EUR (soit 78 % du montant brut)
Si TMI 11 % (revenus modestes sur l'année) : IR ≈ 900 EUR
ARCE nette réelle : ~14 215 EUR (soit 88 % du montant brut)
Peut-on changer d'option en cours de route ?
Le choix entre maintien ARE et ARCE est en principe définitif pour la période en cours. Toutefois, certaines situations permettent un changement :
- De l'ARE vers l'ARCE : possible à tout moment tant que l'activité est en cours et que des droits ARE subsistent. Le montant de l'ARCE est recalculé sur le reliquat de droits au moment de la demande.
- De l'ARCE vers l'ARE : impossible. Une fois l'ARCE perçue, les 40 % non versés ne peuvent être récupérés sous forme mensuelle que si l'entreprise cesse son activité et que le créateur se réinscrit comme demandeur d'emploi.
Cette irréversibilité de l'ARCE est un argument supplémentaire en faveur du maintien ARE pour les créateurs hésitants : en commençant par le maintien, vous gardez toujours la possibilité de basculer vers l'ARCE ultérieurement si votre entreprise décolle et que vous avez besoin d'un apport en capital.
À retenir : Le maintien ARE offre un filet de sécurité mensuel et conserve 100 % des droits. L'ARCE verse 60 % des droits en capital (2 versements) mais les 40 % restants sont perdus. L'ACRE réduit les cotisations de 50 % pendant 12 mois. La SASU permet de ne se verser aucun salaire et de cumuler intégralement l'ARE avec la trésorerie de l'entreprise. L'ARCE est soumise à la CSG/CRDS et à l'IR (perte de 12 à 22 % selon le TMI). Il est possible de passer du maintien ARE à l'ARCE, mais pas l'inverse. En cas d'échec, le reliquat de droits est préservé. Des aides complémentaires existent (NACRE, prêt d'honneur, microcrédit, Cape).