Le système AGIRC-ARRCO découpe les salaires en tranches pour calculer les cotisations de retraite complémentaire. La tranche 1 couvre le salaire jusqu'au plafond de la Sécurité sociale ; la tranche 2, au-delà. Ce mécanisme a un impact direct sur le salaire net, sur le coût employeur et sur les futurs droits à la retraite. Depuis la fusion des régimes AGIRC et ARRCO au 1er janvier 2019, le système a été simplifié mais reste un élément clé de la fiche de paie.
Définition des tranches en 2025
Le régime unifié AGIRC-ARRCO distingue deux tranches de rémunération, chacune soumise à des taux de cotisation différents :
| Tranche | Limite inférieure | Limite supérieure | Montant mensuel 2025 | Montant annuel 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Tranche 1 (T1) | 0 EUR | 1 PASS | 0 à 3 864 EUR | 0 à 46 368 EUR |
| Tranche 2 (T2) | 1 PASS | 8 PASS | 3 864 à 30 912 EUR | 46 368 à 370 944 EUR |
La quasi-totalité des salariés du secteur privé ne cotise que sur la tranche 1. En effet, le salaire médian en France étant d'environ 2 100 EUR net (soit environ 2 700 EUR brut), la grande majorité des rémunérations restent largement en dessous du PASS. Seuls les salaires mensuels bruts supérieurs à 3 864 EUR génèrent des cotisations en tranche 2, ce qui concerne environ 25 à 30 % des salariés, principalement des cadres.
Il est important de noter que le PASS est revalorisé chaque année au 1er janvier. Si le PASS augmente, la frontière T1/T2 se déplace vers le haut, ce qui peut réduire la part de salaire soumise à la tranche 2 et diminuer légèrement les cotisations des cadres.
Avant la fusion : AGIRC et ARRCO séparés
Avant le 1er janvier 2019, deux régimes distincts coexistaient :
- ARRCO (Association pour le Régime de Retraite COmplémentaire) : couvrait tous les salariés du secteur privé, cadres et non-cadres, sur la tranche 1 uniquement (jusqu'au PASS)
- AGIRC (Association Générale des Institutions de Retraite des Cadres) : couvrait exclusivement les cadres, sur les tranches B (1 à 4 PASS) et C (4 à 8 PASS), avec des taux spécifiques
Le système des tranches était plus complexe avec trois tranches pour les cadres (A, B, C) et deux pour les non-cadres (1, 2). La fusion a simplifié le dispositif en créant un régime unique avec deux tranches pour tous. Les points AGIRC et ARRCO acquis avant 2019 ont été convertis en points AGIRC-ARRCO selon un coefficient de conversion, garantissant les droits acquis.
| Ancien système (avant 2019) | Nouveau système (depuis 2019) |
|---|---|
| ARRCO Tranche 1 (0 à 1 PASS) | Tranche 1 (0 à 1 PASS) |
| AGIRC Tranche A (0 à 1 PASS) | |
| ARRCO Tranche 2 (1 à 3 PASS, non-cadres) | Tranche 2 (1 à 8 PASS) |
| AGIRC Tranche B (1 à 4 PASS, cadres) | |
| AGIRC Tranche C (4 à 8 PASS, cadres) |
Taux de cotisation détaillés par tranche
Les taux de cotisation AGIRC-ARRCO se décomposent en taux d'appel et taux contractuels. Le taux d'appel est le taux réellement prélevé sur le salaire. Le taux contractuel (ou taux de calcul des points) est inférieur et correspond à la part réellement convertie en points de retraite. La différence entre les deux finance l'équilibre du régime.
| Cotisation | Taux contractuel | Taux d'appel (× 127 %) | Part salariale | Part patronale |
|---|---|---|---|---|
| Retraite complémentaire T1 | 6,20 % | 7,87 % | 3,15 % | 4,72 % |
| Retraite complémentaire T2 | 17,00 % | 21,59 % | 8,64 % | 12,95 % |
| CEG T1 | — | 2,15 % | 0,86 % | 1,29 % |
| CEG T2 | — | 2,70 % | 1,08 % | 1,62 % |
Le coefficient d'appel de 127 % signifie que pour 100 EUR de cotisations contractuelles, 127 EUR sont effectivement prélevés. Les 27 EUR supplémentaires (soit 21,26 % du total prélevé) ne génèrent pas de points de retraite mais financent les charges de gestion et la solidarité du régime. Ce coefficient est en vigueur depuis 2019 et pourrait être modifié à l'avenir selon l'équilibre financier du régime.
Calcul détaillé pour un salaire brut de 6 000 EUR (cadre) :
Tranche 1 (jusqu'au PASS = 3 864 EUR) :
Cotisation T1 salariale : 3 864 × 3,15 % = 121,72 EUR
Cotisation T1 patronale : 3 864 × 4,72 % = 182,38 EUR
CEG T1 salariale : 3 864 × 0,86 % = 33,23 EUR
CEG T1 patronale : 3 864 × 1,29 % = 49,85 EUR
Total T1 salarial : 154,95 EUR | Total T1 patronal : 232,23 EUR
Tranche 2 (au-delà du PASS : 6 000 − 3 864 = 2 136 EUR) :
Cotisation T2 salariale : 2 136 × 8,64 % = 184,55 EUR
Cotisation T2 patronale : 2 136 × 12,95 % = 276,61 EUR
CEG T2 salariale : 2 136 × 1,08 % = 23,07 EUR
CEG T2 patronale : 2 136 × 1,62 % = 34,60 EUR
Total T2 salarial : 207,62 EUR | Total T2 patronal : 311,21 EUR
Total retraite complémentaire salariale : 362,57 EUR/mois
Total retraite complémentaire patronale : 543,44 EUR/mois
La Contribution d'Équilibre Général (CEG) : son rôle et son fonctionnement
La CEG a été instaurée lors de la fusion AGIRC-ARRCO en 2019 pour remplacer plusieurs anciennes contributions (GMP, CET, AGFF). Contrairement à la cotisation de retraite complémentaire principale, la CEG ne génère pas de points de retraite. Elle finance exclusivement :
- L'équilibre financier du régime : prise en charge des départs à la retraite avant 67 ans (âge du taux plein automatique)
- La solidarité intergénérationnelle : péréquation entre les cotisants actuels et les retraités
- Les droits non contributifs : périodes de chômage, maladie, maternité qui donnent droit à des points gratuits
La CEG est perçue comme une « cotisation invisible » car elle n'ouvre aucun droit individuel. Pour le salarié, elle constitue une charge pure qui réduit le salaire net sans contrepartie directe en termes de pension future.
Impact sur les points de retraite : calcul détaillé
Les points de retraite sont calculés uniquement sur les cotisations contractuelles (et non sur les cotisations d'appel). Voici le calcul détaillé des points acquis par tranche :
Points acquis pour un cadre à 6 000 EUR brut/mois :
Points T1 :
Cotisation contractuelle T1 totale (salariale + patronale) : 3 864 × 6,20 % = 239,57 EUR/mois
Points T1 mensuels : 239,57 / (19,6321 / 12) = 239,57 / 1,636 ≈ 146,44 points/mois
Points T1 annuels : ≈ 146 points
Points T2 :
Cotisation contractuelle T2 totale : 2 136 × 17,00 % = 363,12 EUR/mois
Points T2 mensuels : 363,12 / 1,636 ≈ 221,90 points/mois
Points T2 annuels : ≈ 222 points
Total annuel : ≈ 368 points
Valeur annuelle de la pension : 368 × 1,4159 = 521 EUR/an de pension par année de cotisation
À titre de comparaison, un non-cadre à 3 500 EUR brut (entièrement en T1) accumule environ 133 points par an, soit une pension de 188 EUR/an par année de cotisation. Le cadre à 6 000 EUR acquiert 2,8 fois plus de droits annuels, ce qui justifie en partie le surcoût de cotisations.
La régularisation annuelle des tranches
Le calcul des tranches est effectué mensuellement par l'employeur, en comparant le salaire brut du mois au PASS mensuel. Mais une régularisation annuelle intervient en fin d'année (ou au départ du salarié) pour corriger d'éventuelles distorsions :
- Mois de prime : si un 13e mois est versé en décembre, le salaire de ce mois peut dépasser le PASS, générant des cotisations T2. Mais si le total annuel reste sous le PASS annuel (46 368 EUR), les cotisations T2 sont remboursées lors de la régularisation.
- Salaire variable : les commerciaux ou salariés à forte part variable peuvent osciller d'un mois sur l'autre entre T1 et T2. La régularisation annuelle assure que les cotisations sont calculées sur la répartition T1/T2 réelle de l'année entière.
- Multi-employeurs : un salarié ayant plusieurs employeurs voit le PASS réparti au prorata entre eux. La régularisation permet de corriger les écarts si la répartition initiale était approximative.
Exemple de régularisation (13e mois) :
Salaire mensuel : 3 500 EUR brut (sous le PASS chaque mois)
Décembre avec 13e mois : 3 500 + 3 500 = 7 000 EUR → 3 136 EUR en T2
Cotisations T2 de décembre : 3 136 × 9,72 % = 304,82 EUR
Total annuel brut : 3 500 × 13 = 45 500 EUR (sous le PASS annuel de 46 368 EUR)
Régularisation : remboursement des 304,82 EUR de cotisations T2
Le taux d'appel de 127 % : un rendement amoindri
Le coefficient d'appel de 127 % signifie concrètement que seuls 78,7 % des cotisations versées sont convertis en points de retraite. Les 21,3 % restants financent le fonctionnement et l'équilibre du régime sans générer de droits individuels.
Ce mécanisme a un impact direct sur le « rendement » de la retraite complémentaire : pour chaque euro cotisé, le salarié n'acquiert des droits que sur 0,787 EUR. Ce ratio est parfois critiqué, mais il est nécessaire pour maintenir l'équilibre d'un régime par répartition qui doit financer les pensions actuelles tout en constituant des réserves.
Simulation de pension complémentaire sur une carrière complète
Voici une simulation comparative pour trois profils de carrière, avec une durée de cotisation de 42 ans :
| Profil | Salaire brut mensuel | Points/an | Total points (42 ans) | Pension complémentaire mensuelle |
|---|---|---|---|---|
| Non-cadre au SMIC | 1 802 EUR | 69 | 2 898 | 342 EUR |
| Non-cadre moyen | 3 000 EUR | 114 | 4 788 | 565 EUR |
| Cadre supérieur | 6 000 EUR | 368 | 15 456 | 1 823 EUR |
Le cadre supérieur perçoit une pension complémentaire 5,3 fois plus élevée que le salarié au SMIC, alors que son salaire n'est que 3,3 fois plus élevé. L'effet de levier de la tranche 2, avec son taux contractuel de 17 % (contre 6,20 % en T1), explique cette disproportion.
Optimiser l'acquisition de points
Plusieurs leviers permettent de maximiser ses points de retraite complémentaire :
- Vérifier sa carrière : consulter son relevé de points sur le site AGIRC-ARRCO pour détecter d'éventuelles périodes manquantes ou erreurs
- Racheter des points : il est possible de racheter des points pour les années d'études supérieures (dans la limite de 3 ans), mais le coût est élevé et la rentabilité incertaine
- Éviter les périodes sans cotisation : les congés sabbatiques, congés sans solde ou périodes de chômage non indemnisé ne génèrent pas de points
- Négocier son salaire au-dessus du PASS : chaque euro au-dessus du PASS cotise à 17 % au lieu de 6,20 %, ce qui accélère l'accumulation de points
- Maintien d'assiette à temps partiel : si votre employeur propose le dispositif de maintien d'assiette (article L. 241-3-1 du CSS), vous cotisez sur la base d'un temps plein même en travaillant à temps partiel
La Contribution d'Équilibre Technique (CET)
La CET est une cotisation supplémentaire qui ne concerne que les salariés dont la rémunération mensuelle brute dépasse le PASS (3 864 EUR en 2025). Contrairement aux cotisations de tranche 2, la CET est assise sur la totalité du salaire brut (et non uniquement sur la fraction au-dessus du PASS). Son taux est de 0,35 % au total, réparti entre 0,14 % de part salariale et 0,21 % de part patronale. La CET ne génère aucun point de retraite ; elle contribue exclusivement au financement global du régime AGIRC-ARRCO. Pour un cadre à 6 000 EUR brut mensuel, la CET représente un prélèvement de 8,40 EUR côté salarié et 12,60 EUR côté employeur, soit 21 EUR au total chaque mois. Cette contribution reste modeste en montant mais s'ajoute aux autres prélèvements sur les hauts salaires.
À retenir : Le PASS (3 864 EUR/mois en 2025) est la frontière entre tranche 1 et tranche 2 des cotisations AGIRC-ARRCO. La T1 est cotisée à 7,87 % (taux d'appel), la T2 à 21,59 %. Seuls les cotisations contractuelles (6,20 % en T1, 17 % en T2) génèrent des points de retraite, le coefficient d'appel de 127 % absorbant le reste. La CEG (2,15 % en T1, 2,70 % en T2) ne donne pas de points. Une régularisation annuelle corrige les distorsions liées aux primes ou salaires variables. Sur une carrière complète, la tranche 2 permet d'accumuler significativement plus de droits à la retraite, justifiant le surcoût de cotisations pour les salaires au-dessus du PASS.