Le taux marginal d'imposition (TMI) est le taux qui s'applique à la dernière tranche de vos revenus. C'est une notion fondamentale pour comprendre l'impact fiscal d'une augmentation de salaire, d'un investissement ou d'une optimisation. Contrairement au taux moyen, le TMI ne représente pas la part globale de vos revenus consacrée à l'impôt, mais bien le taux appliqué au dernier euro gagné.
Le barème progressif de l'impôt 2025
Le barème de l'impôt sur le revenu est actualisé chaque année en fonction de l'inflation. Pour les revenus 2024 déclarés et imposés en 2025, les tranches sont les suivantes :
| Tranche de revenu imposable (par part) | Taux marginal | Impôt cumulé en haut de tranche |
|---|---|---|
| 0 à 11 294 EUR | 0 % | 0 EUR |
| 11 295 à 28 797 EUR | 11 % | 1 925 EUR |
| 28 798 à 82 341 EUR | 30 % | 17 988 EUR |
| 82 342 à 177 106 EUR | 41 % | 56 842 EUR |
| Au-delà de 177 106 EUR | 45 % | — |
Le barème est progressif : chaque tranche de revenu est imposée à son propre taux. Un revenu de 40 000 EUR par part ne signifie pas que tout est taxé à 30 %. Seule la portion au-delà de 28 797 EUR est taxée à ce taux.
Comment déterminer votre TMI
Pour connaître votre TMI, divisez votre revenu net imposable par votre nombre de parts fiscales. Le résultat vous situe dans une tranche du barème, et le taux de cette tranche est votre TMI.
Exemple 1 — Célibataire :
Revenu net imposable : 35 000 EUR, 1 part
Quotient familial : 35 000 EUR → tranche à 30 %
TMI = 30 %
Exemple 2 — Couple avec 2 enfants :
Revenu net imposable : 70 000 EUR, 3 parts
Quotient familial : 70 000 / 3 = 23 333 EUR → tranche à 11 %
TMI = 11 %
Impact du TMI sur une augmentation de salaire
Connaître son TMI permet de calculer précisément le gain net d'une augmentation. Si votre TMI est de 30 %, chaque euro supplémentaire de revenu imposable vous coûte 30 centimes d'impôt. En combinant avec les cotisations sociales, on peut calculer le gain réel.
Exemple : Augmentation de 200 EUR brut/mois pour un salarié non-cadre (TMI 30 %)
Brut annuel supplémentaire : 2 400 EUR
Cotisations salariales (~23 %) : −552 EUR
Net avant impôt supplémentaire : 1 848 EUR
Net imposable supplémentaire (brut − cotisations déductibles) : ~2 100 EUR
Impôt supplémentaire (TMI 30 %) : 2 100 × 30 % = 630 EUR
Gain net réel annuel : 1 848 − 630 = 1 218 EUR, soit 101,50 EUR/mois
Sur 200 EUR brut, il reste environ 101 EUR net après impôt.
Le TMI comme outil d'optimisation fiscale
Le TMI est le paramètre clé pour évaluer l'intérêt des dispositifs de déduction fiscale :
- Plan d'Épargne Retraite (PER) : les versements sont déductibles du revenu imposable. Avec un TMI de 30 %, verser 5 000 EUR sur un PER réduit l'impôt de 1 500 EUR. Avec un TMI de 11 %, l'économie n'est que de 550 EUR. Le PER est donc nettement plus intéressant pour les TMI élevés.
- Frais réels : si vos frais professionnels réels dépassent l'abattement de 10 %, l'économie fiscale dépend directement du TMI. Un différentiel de 2 000 EUR en faveur des frais réels génère 600 EUR d'économie à TMI 30 %, mais seulement 220 EUR à TMI 11 %.
- Déficit foncier : imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 EUR, l'économie est de 3 210 EUR à TMI 30 %, plus les 17,2 % de prélèvements sociaux évités sur les revenus fonciers.
L'effet de seuil entre deux tranches
Contrairement à une idée reçue, il n'y a jamais d'effet de seuil brutal dans l'impôt progressif. Si votre revenu par part passe de 28 797 EUR (fin de la tranche à 11 %) à 28 800 EUR, seuls les 3 EUR supplémentaires sont taxés à 30 %. L'impôt n'augmente que de 0,90 EUR. Il n'y a donc aucun risque de « payer plus d'impôt que le montant de l'augmentation ».
En revanche, le passage dans une tranche supérieure modifie le rendement des dispositifs d'optimisation, ce qui peut justifier des stratégies différentes.
TMI moyen par niveau de revenu
Pour donner des repères concrets, voici le TMI typique selon le revenu brut annuel d'un célibataire sans enfant :
| Salaire brut annuel | Net imposable approx. | Après abattement 10 % | TMI |
|---|---|---|---|
| 20 000 EUR | 15 600 EUR | 14 040 EUR | 11 % |
| 30 000 EUR | 23 400 EUR | 21 060 EUR | 11 % |
| 40 000 EUR | 31 200 EUR | 28 080 EUR | 11 % |
| 45 000 EUR | 35 100 EUR | 31 590 EUR | 30 % |
| 60 000 EUR | 46 800 EUR | 42 120 EUR | 30 % |
| 100 000 EUR | 78 000 EUR | 70 200 EUR | 30 % |
| 120 000 EUR | 93 600 EUR | 84 240 EUR | 41 % |
| 250 000 EUR | 195 000 EUR | 175 500 EUR | 41 % |
| 300 000 EUR | 234 000 EUR | 210 600 EUR | 45 % |
On constate que la grande majorité des salariés français se situent dans la tranche à 11 % ou 30 %. Seuls les revenus par part dépassant environ 82 000 EUR atteignent la tranche à 41 %.
TMI et imposition du couple
Le mariage ou le PACS permet la déclaration commune, ce qui peut réduire significativement le TMI lorsque les revenus sont inégaux. Le quotient conjugal (2 parts au lieu de 1+1) lisse les revenus et peut faire passer le foyer dans une tranche inférieure.
Exemple : Couple marié, personne A gagne 60 000 EUR net imposable, personne B gagne 20 000 EUR.
— Déclarations séparées (si célibataires) : A a un TMI de 30 %, B de 11 %
— Déclaration commune : (60 000 + 20 000) / 2 = 40 000 EUR par part → après abattement 10 % : 36 000 EUR par part → TMI 30 %
L'avantage est que la tranche à 30 % de A est « partagée » avec B, réduisant l'impôt global du foyer.
Attention, la déclaration commune n'est pas toujours avantageuse. Si les deux conjoints ont des revenus similaires et que l'un d'eux bénéficie de dispositifs spécifiques (demi-part de parent isolé, par exemple), le gain du quotient conjugal peut être inférieur à la perte de cet avantage. Dans les cas limites, il est recommandé de simuler les deux options (déclaration commune et déclarations séparées si les conjoints sont en concubinage, ou de comparer le gain de la déclaration commune par rapport à deux déclarations individuelles fictives) pour déterminer la solution la plus favorable.
TMI et revenus du patrimoine
Le TMI ne s'applique pas directement à tous les revenus du patrimoine. Les dividendes, intérêts et plus-values mobilières sont soumis par défaut au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux). Le contribuable peut opter pour l'imposition au barème progressif. L'arbitrage dépend directement du TMI :
| TMI | Option recommandée | Explication |
|---|---|---|
| 0 % | Barème progressif | Imposition à 0 % au lieu de 12,8 % (PFU) |
| 11 % | Barème progressif | 11 % au barème + abattement 40 % sur dividendes < 12,8 % du PFU |
| 30 % | PFU (généralement) | 30 % au barème > 12,8 % du PFU, même avec l'abattement sur dividendes |
| 41 % ou 45 % | PFU | Le barème est nettement plus coûteux que le PFU |
L'option pour le barème est globale : elle s'applique à tous les revenus de capitaux mobiliers de l'année. Si vous percevez à la fois des dividendes (pour lesquels le barème avec l'abattement de 40 % peut être intéressant) et des intérêts (pour lesquels le PFU est souvent plus favorable), il faut faire un calcul global pour déterminer la meilleure option.
Revenus fonciers et TMI
Les revenus fonciers sont toujours soumis au barème progressif (pas d'option PFU). Ils supportent donc le TMI auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %. Le taux global d'imposition sur les revenus fonciers est ainsi de :
- TMI 11 % : taux global de 28,2 %
- TMI 30 % : taux global de 47,2 %
- TMI 41 % : taux global de 58,2 %
- TMI 45 % : taux global de 62,2 %
Ces taux élevés expliquent l'intérêt du régime réel (qui permet de déduire les charges et d'imputer un déficit foncier) et des dispositifs de défiscalisation immobilière (Pinel, Denormandie, déficit foncier) pour les contribuables à TMI élevé.
La Contribution Exceptionnelle sur les Hauts Revenus (CEHR)
Au-delà du barème progressif, les très hauts revenus sont soumis à une contribution supplémentaire, la CEHR, créée en 2012 et toujours en vigueur en 2025 :
| Revenu Fiscal de Référence | Taux CEHR (célibataire) | Taux CEHR (couple) |
|---|---|---|
| Jusqu'à 250 000 / 500 000 EUR | 0 % | 0 % |
| De 250 001 à 500 000 / De 500 001 à 1 000 000 EUR | 3 % | 3 % |
| Au-delà de 500 000 / 1 000 000 EUR | 4 % | 4 % |
La CEHR s'ajoute à l'impôt sur le revenu calculé au barème. Pour un contribuable célibataire dont le RFR est de 600 000 EUR, la CEHR se calcule ainsi : (250 000 × 3 %) + (100 000 × 4 %) = 7 500 + 4 000 = 11 500 EUR. Ce mécanisme porte le taux marginal effectif maximal à 49 % (45 % + 4 %) sur l'impôt sur le revenu, auquel s'ajoutent les 17,2 % de prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine le cas échéant.
L'interaction entre la décote et le TMI
Pour les revenus modestes, la décote vient atténuer l'impôt brut calculé par le barème. Elle s'applique lorsque l'impôt brut est inférieur à un certain seuil (environ 1 930 EUR pour un célibataire, 3 192 EUR pour un couple en 2025). L'effet de la décote est de réduire le taux effectif d'imposition pour les contribuables qui se situent dans la tranche à 11 %, voire de les rendre non imposables. En pratique, un célibataire dont le revenu net imposable est inférieur à environ 17 000 EUR ne paie aucun impôt grâce à la combinaison de la tranche à 0 % et de la décote, même si une partie de ses revenus se situe théoriquement dans la tranche à 11 %.
TMI et micro-entrepreneurs
Les micro-entrepreneurs (auto-entrepreneurs) qui n'ont pas opté pour le versement libératoire voient leurs revenus soumis au barème progressif après application de l'abattement forfaitaire correspondant à leur activité (71 % pour les ventes de marchandises, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les prestations de services BNC). Le TMI s'applique donc sur le revenu après abattement. Un micro-entrepreneur en BNC réalisant un chiffre d'affaires de 50 000 EUR voit sa base imposable réduite à 33 000 EUR (après abattement de 34 %), ce qui le place probablement dans la tranche à 30 % s'il est célibataire.
L'option pour le versement libératoire permet de payer un impôt forfaitaire de 1 % (ventes), 1,7 % (BIC services) ou 2,2 % (BNC) directement sur le chiffre d'affaires. Cette option est accessible sous condition de RFR (inférieur à 27 478 EUR par part pour 2025). Elle est avantageuse si le TMI effectif sur les revenus du micro-entrepreneur dépasse le taux du versement libératoire, ce qui est le cas pour la majorité des contribuables à TMI 11 % et au-delà.
À retenir : Le TMI est le taux appliqué à votre dernier euro de revenu. Il détermine l'intérêt des stratégies de déduction (PER, frais réels, déficit foncier). Il n'y a jamais d'effet de seuil : seule la fraction de revenu dans la nouvelle tranche est taxée au taux supérieur. Connaître son TMI est indispensable pour prendre les bonnes décisions financières. Pour les revenus de capitaux mobiliers, l'option entre PFU et barème progressif dépend directement du TMI (barème favorable à TMI 11 % ou moins, PFU favorable à TMI 30 % et plus). Les revenus fonciers supportent un taux global pouvant atteindre 62,2 % pour les TMI les plus élevés. La CEHR ajoute 3 % à 4 % d'imposition pour les très hauts revenus.