Chaque mois, une dizaine de lignes de cotisations apparaissent sur votre fiche de paie. Ces prélèvements obligatoires financent le système de protection sociale français : santé, retraite, chômage, famille. Voici le détail exhaustif des taux en vigueur pour 2025.
Vue d'ensemble des cotisations salariales
Les cotisations salariales se répartissent en quatre grands blocs : les cotisations de sécurité sociale, les cotisations de retraite complémentaire, les contributions CSG/CRDS, et les cotisations spécifiques. Le total oscille entre 22 % et 25 % du salaire brut.
Cotisations de sécurité sociale
| Cotisation | Taux salarial | Assiette | Plafond |
|---|---|---|---|
| Assurance maladie-maternité-invalidité-décès | 0,40 % | Totalité du salaire | Aucun |
| Assurance vieillesse plafonnée | 6,90 % | Salaire jusqu'au PASS | 3 864 EUR/mois |
| Assurance vieillesse déplafonnée | 0,40 % | Totalité du salaire | Aucun |
La cotisation maladie à 0,40 % concerne uniquement les départements d'Alsace-Moselle avec un taux complémentaire de 1,30 %. Pour les salariés du régime général hors Alsace-Moselle, seul le taux de 0,40 % s'applique (depuis la suppression de la cotisation maladie salariale de 0,75 % en 2018).
Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO
| Cotisation | Taux salarial | Assiette |
|---|---|---|
| Retraite complémentaire Tranche 1 | 3,15 % | Salaire jusqu'au PASS (3 864 EUR/mois) |
| Retraite complémentaire Tranche 2 | 8,64 % | Salaire entre 1 et 8 PASS (cadres) |
| CEG Tranche 1 | 0,86 % | Salaire jusqu'au PASS |
| CEG Tranche 2 | 1,08 % | Salaire entre 1 et 8 PASS (cadres) |
La tranche 2 concerne principalement les cadres dont le salaire dépasse le plafond de la Sécurité sociale. Un non-cadre dont le salaire est inférieur au PASS ne cotise que sur la tranche 1.
CSG et CRDS
| Contribution | Taux | Assiette | Déductible de l'IR |
|---|---|---|---|
| CSG déductible | 6,80 % | 98,25 % du brut | Oui |
| CSG non déductible | 2,40 % | 98,25 % du brut | Non |
| CRDS | 0,50 % | 98,25 % du brut | Non |
L'assiette de la CSG/CRDS est calculée sur 98,25 % du salaire brut (abattement de 1,75 % pour frais professionnels). Cet abattement est plafonné à 4 PASS. Au-delà, la CSG/CRDS est calculée sur 100 % du salaire.
La cotisation chômage : qui paie en 2025 ?
Depuis le 1er octobre 2018, les salariés ne paient plus de cotisation chômage (auparavant 2,40 %). Cette suppression a été compensée par la hausse de la CSG de 1,7 point. Seul l'employeur contribue à l'assurance chômage, au taux de 4,05 %.
Récapitulatif : total des cotisations salariales 2025
Non-cadre (salaire inférieur au PASS) :
Cotisations SS : 7,70 % | Retraite complémentaire : 4,01 % | CSG/CRDS : 9,57 %
Total : environ 21,28 % du brut
Cadre (salaire supérieur au PASS) :
Les cotisations tranche 2 s'ajoutent sur la fraction dépassant le PASS
Total : environ 23 à 25 % du brut (selon le niveau de salaire)
Évolution récente des taux
Les taux de cotisations ont connu plusieurs modifications ces dernières années :
- 2018 : suppression de la cotisation chômage salariale (−2,40 points) et hausse de la CSG (+1,70 point)
- 2019 : fusion AGIRC-ARRCO, harmonisation des taux de retraite complémentaire
- 2024-2025 : stabilité des taux, revalorisation du PASS à 46 368 EUR/an
Cas particuliers et cotisations spécifiques
Selon votre situation, des cotisations supplémentaires ou des exonérations peuvent s'appliquer :
Le régime local d'Alsace-Moselle
Les salariés des départements du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57) sont affiliés au régime local d'assurance maladie. Ce régime historique, hérité de la législation allemande d'avant 1918, prévoit une cotisation salariale complémentaire de 1,30 % sur la totalité du salaire brut. En contrepartie, les assurés bénéficient d'un taux de remboursement supérieur (90 % au lieu de 70 % pour les consultations médicales, par exemple).
Impact pour un salarié alsacien à 3 000 EUR brut :
Cotisation supplémentaire : 3 000 × 1,30 % = 39 EUR/mois
Net avant impôt Alsace-Moselle : ≈ 2 271 EUR (contre 2 310 EUR hors Alsace-Moselle)
Différence annuelle : environ 468 EUR de net en moins, compensée par de meilleurs remboursements santé.
Les apprentis et le régime spécifique
Les apprentis bénéficient d'un régime de cotisations allégé. Depuis le 1er janvier 2019, les apprentis sont soumis aux cotisations de droit commun mais bénéficient d'une exonération de cotisations salariales sur la part de rémunération inférieure ou égale à 79 % du SMIC. Au-delà de ce seuil, les cotisations salariales normales s'appliquent. De plus, la rémunération des apprentis est totalement exonérée de CSG et de CRDS lorsqu'elle ne dépasse pas 79 % du SMIC.
Les stagiaires
Les gratifications de stage ne sont pas soumises aux cotisations sociales dans la limite de 15 % du plafond horaire de la Sécurité sociale, soit environ 4,35 EUR par heure de stage en 2025 (environ 660 EUR pour un mois complet). Au-delà de cette franchise, les cotisations classiques s'appliquent sur la fraction excédentaire.
Les contrats de professionnalisation
Les titulaires de contrats de professionnalisation sont soumis aux cotisations de droit commun. Cependant, l'employeur bénéficie d'une exonération spécifique de cotisations patronales pour les contrats concernant des demandeurs d'emploi de 45 ans et plus. Les cotisations salariales restent identiques à celles d'un salarié classique.
Les régimes spéciaux de cotisations
Certains secteurs d'activité ou statuts professionnels sont soumis à des régimes de cotisations spécifiques :
La fonction publique
Les fonctionnaires ne cotisent pas au régime général de la même manière que les salariés du privé. Ils sont affiliés à des régimes propres :
- Retraite de base : cotisation de 11,10 % (Pension civile ou CNRACL) contre 6,90 % + 0,40 % dans le privé
- Retraite complémentaire : RAFP (Retraite Additionnelle de la Fonction Publique) au taux de 5 % sur les primes (plafonné à 20 % du traitement brut)
- CSG/CRDS : mêmes taux que le privé (9,70 % sur 98,25 % du brut)
- Pas de cotisation chômage : les fonctionnaires titulaires ne cotisent pas au chômage car ils bénéficient de la garantie de l'emploi
Au total, le taux de cotisation salariale d'un fonctionnaire est d'environ 22 à 23 % du traitement brut, un niveau comparable au privé.
Les intermittents du spectacle
Les artistes et techniciens du spectacle relèvent d'un régime particulier d'assurance chômage (annexes 8 et 10). Côté cotisations salariales, ils sont soumis aux taux de droit commun, mais avec des assiettes spécifiques pour certaines cotisations. Un abattement pour frais professionnels de 25 % (artistes) ou 20 % (techniciens) est appliqué sur l'assiette de la CSG et de la CRDS.
Les journalistes professionnels
Les journalistes bénéficient d'un abattement spécifique de 7 650 EUR par an sur leur base imposable. Cet abattement fiscal ne modifie pas les cotisations sociales mais réduit le net imposable et donc l'impôt sur le revenu.
Cotisations complémentaires selon la convention collective
Au-delà des cotisations légales communes à tous les salariés, certaines conventions collectives prévoient des cotisations supplémentaires :
| Convention collective | Cotisation spécifique | Taux salarial |
|---|---|---|
| BTP | OPPBTP (prévention) | Uniquement patronal |
| Métallurgie | Prévoyance cadres renforcée | Variable (0,2 % à 0,5 %) |
| Commerce de détail | Cotisation formation spécifique | Uniquement patronal |
| Transport routier | Garantie de rémunération annuelle | Intégrée au brut |
| Banque | Retraite supplémentaire | Variable selon accords |
Ces cotisations conventionnelles peuvent modifier sensiblement le ratio brut/net. Il est donc essentiel de connaître sa convention collective pour avoir un calcul précis. L'identifiant IDCC de votre convention figure sur votre fiche de paie.
Simulation complète : du brut au net ligne par ligne
Pour un salarié non-cadre en CDI dans le secteur privé, hors Alsace-Moselle, avec un salaire brut de 2 500 EUR, voici le détail complet des cotisations :
| Cotisation | Taux | Assiette | Montant |
|---|---|---|---|
| Maladie-maternité | 0,40 % | 2 500,00 EUR | 10,00 EUR |
| Vieillesse plafonnée | 6,90 % | 2 500,00 EUR | 172,50 EUR |
| Vieillesse déplafonnée | 0,40 % | 2 500,00 EUR | 10,00 EUR |
| Retraite complémentaire T1 | 3,15 % | 2 500,00 EUR | 78,75 EUR |
| CEG T1 | 0,86 % | 2 500,00 EUR | 21,50 EUR |
| CSG déductible | 6,80 % | 2 456,25 EUR | 167,03 EUR |
| CSG non déductible | 2,40 % | 2 456,25 EUR | 58,95 EUR |
| CRDS | 0,50 % | 2 456,25 EUR | 12,28 EUR |
| Total cotisations | 531,01 EUR | ||
| Net avant impôt | 1 968,99 EUR | ||
| Taux effectif de prélèvement | 21,24 % |
Comment vérifier vos cotisations sur la fiche de paie
Pour vous assurer que vos cotisations sont correctement calculées, suivez cette méthode :
- Identifiez l'assiette : vérifiez que le salaire brut est correct (salaire de base + primes + heures supplémentaires)
- Vérifiez le PASS : pour les cotisations plafonnées, l'assiette ne doit pas dépasser 3 864 EUR/mois en 2025
- Calculez l'assiette CSG/CRDS : 98,25 % du brut (ou 100 % si le brut dépasse 4 PASS)
- Appliquez les taux : multipliez chaque assiette par le taux correspondant
- Comparez le total : la somme de toutes les cotisations doit donner entre 21 et 25 % du brut
Si vous constatez un écart, vérifiez d'abord si des cotisations conventionnelles (prévoyance, mutuelle) sont incluses dans le total. Ces cotisations légitimes peuvent faire varier le taux effectif de prélèvement.
Cotisations sur les heures supplémentaires
Les heures supplémentaires bénéficient d'une réduction de cotisations salariales depuis 2019. Cette réduction porte sur les cotisations d'assurance vieillesse de base et de retraite complémentaire, dans la limite d'un taux de 11,31 %. Concrètement, sur la part majorée des heures supplémentaires, le salarié récupère environ 11,31 % en cotisations non prélevées.
Exemple : 10 heures supplémentaires à 25 % de majoration, taux horaire 15 EUR :
Brut heures sup : 10 × 15 × 1,25 = 187,50 EUR
Réduction de cotisations : 187,50 × 11,31 % = 21,21 EUR
Cotisations salariales effectives sur les HS : 187,50 × (23 % − 11,31 %) = 21,92 EUR
Net supplémentaire : 187,50 − 21,92 = 165,58 EUR (soit 88,3 % du brut HS)
De plus, les rémunérations perçues au titre des heures supplémentaires sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 EUR net par an, ce qui renforce encore l'intérêt financier des heures supplémentaires.
Cotisations des apprentis et contrats de professionnalisation
Les apprentis bénéficient d'un régime de cotisations salariales avantageux. Depuis le 1er janvier 2019, les cotisations salariales des apprentis suivent le régime de droit commun mais avec une exonération totale des cotisations salariales sur la fraction de rémunération inférieure ou égale à 79 % du SMIC. Concrètement :
- Rémunération ≤ 79 % du SMIC (1 423 EUR brut en 2025) : aucune cotisation salariale n'est prélevée. Le brut est égal au net avant impôt. Seule la CSG/CRDS est théoriquement due mais reste exonérée dans cette limite.
- Rémunération > 79 % du SMIC : les cotisations salariales de droit commun s'appliquent uniquement sur la fraction excédentaire. Un apprenti rémunéré à 100 % du SMIC (1 802 EUR brut) ne paie des cotisations que sur 1 802 − 1 423 = 379 EUR.
Pour les contrats de professionnalisation, il n'existe pas d'exonération spécifique de cotisations salariales : le droit commun s'applique intégralement. En revanche, l'employeur bénéficie de la réduction générale de cotisations patronales sur ces contrats.
Le cas particulier de l'Alsace-Moselle
Les salariés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle sont soumis à une cotisation supplémentaire au titre du régime local d'assurance maladie. Cette cotisation salariale complémentaire s'élève à 1,30 % du salaire brut et s'ajoute à la cotisation maladie de droit commun de 0,40 %.
En contrepartie de cette surcotisation, les assurés du régime local bénéficient de remboursements de soins de santé nettement supérieurs au régime général :
| Type de soin | Régime général | Régime Alsace-Moselle |
|---|---|---|
| Consultations médicales | 70 % | 90 % |
| Médicaments (vignette blanche) | 65 % | 90 % |
| Hospitalisation | 80 % | 100 % |
| Optique, dentaire | 60 % | 90 % |
Grâce à ces remboursements élevés, les salariés d'Alsace-Moselle peuvent souvent se contenter d'une mutuelle complémentaire très basique (et donc moins chère), ce qui compense en grande partie la surcotisation de 1,30 %.
Impact pour un salarié à 3 000 EUR brut en Alsace-Moselle :
Cotisation locale supplémentaire : 3 000 × 1,30 % = 39 EUR/mois
Économie sur la mutuelle (estimation) : −25 à −40 EUR/mois
Impact net : quasi nul, avec une meilleure couverture santé
Évolution récente et tendances des cotisations salariales
Les cotisations salariales ont connu des modifications structurelles importantes ces dernières années :
- 2018 : suppression des cotisations salariales chômage (−2,40 %) et maladie (−0,75 %), compensées par la hausse de la CSG (+1,7 point). Gain net pour les salariés : +1,45 point.
- 2019 : exonération de cotisations salariales sur les heures supplémentaires (−11,31 points), exonération d'IR dans la limite de 7 500 EUR net/an.
- 2023 : pas de modification majeure des taux. Introduction du « montant net social » obligatoire sur le bulletin de paie.
- 2025 : stabilité des taux. Discussion en cours sur une éventuelle hausse de la cotisation vieillesse pour financer la réforme des retraites.
La tendance de fond est au remplacement progressif des cotisations (financées par les seuls revenus d'activité) par des impôts à assiette large comme la CSG (financée par l'ensemble des revenus, y compris le capital et les pensions). Ce mouvement, amorcé en 1991 avec la création de la CSG, se poursuit par étapes successives.
À retenir : Les cotisations salariales représentent 22 à 25 % du brut. La CSG/CRDS pèse à elle seule près de 10 %. Depuis 2018, le salarié ne paie plus de cotisation chômage. Le plafond de la Sécurité sociale (PASS) conditionne le calcul des cotisations plafonnées. Les apprentis bénéficient d'une exonération totale de cotisations salariales jusqu'à 79 % du SMIC. Les salariés d'Alsace-Moselle paient une cotisation maladie supplémentaire de 1,30 % compensée par des remboursements de soins plus élevés. Les heures supplémentaires bénéficient d'une réduction de cotisations de 11,31 points et d'une exonération d'IR jusqu'à 7 500 EUR net/an.